Poète français. Jean Nicolas Arthur Rimbaud, né à Charleville en 1854, a sept ans quand son père, capitaine d'armée abandonne sa famille de cinq enfants. A l'école et au collège, il est remarqué par sa très grande précocité et remporte tous les prix dont le concours général de composition latine sur le thème "Jugurtha". George Izambard, un de ses professeurs le guide sur la voie de la poésie dans laquelle le jeune Arthur Rimbaud qui voudrait devenir Parnassien s'oriente. Meurtri par la tragédie de la Commune, il fugue pour rejoindre Paris et devenir journaliste, mais il est rapidement ramené chez sa mère. Etouffant sous la coupe d'une mère autoritaire et atteint d'un besoin maladif de marcher, toujours plus et toujours plus loin, il commence une longue série de fugues.
Le jeune Arthur Rimbaud mène alors une vie de bohème à Paris. Dans son poème "L'orgie parisienne", il dénonce la lâcheté des vainqueurs après l'écrasement de la Commune. En 1871, de retour à Charleville, il écrit un "Projet de constitution communiste" qui ne nous est pas parvenu et devient encore plus sarcastique après la défaite contre les Prussiens. Arthur Rimbaud commence à rejeter la poésie des parnassiens, et, après avoir écrit "Le Bateau ivre", s'installe chez Paul Verlaine. Commence alors avec son mentor une vie de scandale et de vagabondage en Angleterre et en Belgique. Leur relation passionnée et tumultueuse se termine en 1873 quand, lors d'une dispute, Paul Verlaine blesse légèrement avec une balle de revolver, Arthur Rimbaud qui retourne à Charleville et écrit "Une saison en Enfer".
A vingt-quatre ans, Arthur Rimbaud abandonne le monde de la poésie et de la littérature pour celui de l'aventure comme remède à son ennui. Il voyage en Europe, puis au Yémen, à Djibouti, en Ethiopie, en Erythrée, où il exerce divers métiers. En 1880 il devient gérant d'un comptoir commercial à Harar en Abyssinie où il réalise des échanges de produits et du commerce d'armes entre l'Afrique et la France. En 1891, atteint d'une tumeur au genou, il se fait rapatrier et est amputé. Atteint de gangrène et d'un cancer généralisé, il meurt le 10 novembre 1891 à Marseille dans d'atroces souffrances.
Les étrennes des orphelins
La chambre est pleine d'ombre ; on entend vaguement
De deux enfants le triste et doux chuchotement.
Leur front se penche, encore alourdi par le rêve,
Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève...
− Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux ;
Leur aile s'engourdit sous le ton gris des cieux ;
Et la nouvelle Année, à la suite brumeuse,
Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse,
Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant...
II
Or les petits enfants, sous le rideau flottant,
Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure.
Ils écoutent, pensifs, comme un lointain murmure...
Ils tressaillent souvent à la claire voix d'or
Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor
Son refrain métallique en son globe de verre...
− Puis, la chambre est glacée... on voit traîner à terre,
Epars autour des lits, des vêtements de deuil :
L'âpre bise d'hiver qui se lamente au seuil
Souffle dans le logis son haleine morose !
On sent, dans tout cela, qu'il manque quelque chose...
− Il n'est donc point de mère à ces petits enfants,
De mère au frais sourire, aux regards triomphants ?
Elle a donc oublié, le soir, seule et penchée,
D'exciter une flamme à la cendre arrachée,
D'amonceler sur eux la laine et l'édredon
Avant de les quitter en leur criant : pardon.
Elle n'a point prévu la froideur matinale,
Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale ?...
− Le rêve maternel, c'est le tiède tapis,
C'est le nid cotonneux où les enfants tapis,
Comme de beaux oiseaux que balancent les branches,
Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches !...
− Et là, − c'est comme un nid sans plumes, sans chaleur,
Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ;
Un nid que doit avoir glacé la bise amère...
III
Votre c½ur l'a compris : − ces enfants sont sans mère.
Plus de mère au logis ! − et le père est bien loin !...
− Une vieille servante, alors, en a pris soin.
Les petits sont tout seuls en la maison glacée ;
Orphelins de quatre ans, voilà qu'en leur pensée
S'éveille, par degrés, un souvenir riant,...
C'est comme un chapelet qu'on égrène en priant :
− Ah! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux...
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher...
On entrait !... Puis alors les souhaits,... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaîté permise !
IV
Ah ! c'était si charmant, ces mots dits tant de fois !
− Mais comme il est changé, le logis d'autrefois :
Un grand feu pétillait, clair, dans la cheminée,
Toute la vieille chambre était illuminée ;
Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer,
Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer...
− L'armoire était sans clefs !... sans clefs, la grand armoire !
On regardait souvent sa porte brune et noire...
Sans clefs !... c'était étrange !... on rêvait bien des fois
Aux mystères dormant entre ses flancs de bois,
Et l'on croyait ouïr, au fond de la serrure
Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure...
− La chambre des parents est bien vide, aujourd'hui :
Aucun reflet vermeil sous la porte n'a lui ;
Il n'est point de parents, de foyer, de clefs prises :
Partant, point de baisers, point de douces surprises !
Oh ! que le jour de l'an sera triste pour eux !
− Et, tout pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus,
Silencieusement tombe une larme amère,
Ils murmurent : « Quand donc reviendra notre mère ? »
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V
Maintenant, les petits sommeillent tristement :
Vous diriez, à les voir, qu'ils pleurent en dormant,
Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffle pénible !
Les tout petits enfants ont le coeur si sensible !
− Mais l'ange des berceaux vient essuyer leurs yeux,
Et dans ce lourd sommeil met un rêve joyeux,
Un rêve si joyeux, que leur lèvre mi-close,
Souriante, semblait murmurer quelque chose...
− Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond,
Doux geste du réveil, ils avancent le front,
Et leur vague regard tout autour d'eux se pose...
Ils se croient endormis dans un paradis rose...
Au foyer plein d'éclairs chante gaîment le feu...
Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu ;
La nature s'éveille et de rayons s'enivre...
La terre, demi-nue, heureuse de revivre,
A des frissons de joie aux baisers du soleil...
Et dans le vieux logis tout est tiède et vermeil :
Les sombres vêtements ne jonchent plus la terre,
La bise sous le seuil a fini par se taire...
On dirait qu'une fée a passé dans cela !...
− Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris... Là,
Près du lit maternel, sous un beau rayon rose,
Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose...
Ce sont des médaillons argentés, noirs et blancs,
De la nacre et du jais aux reflets scintillants ;
Des petits cadres noirs, des couronnes de verre,
Ayant trois mots gravés en or: « À notre mère ! »